• Verdict
Nous voici au bout de ce dossier et le sentiment que l’on peut ressentir vis-à-vis de ces nouveaux processeurs dépendra fortement des espoirs que chacun aura placé en ces derniers. Nous nous doutions que vis-à-vis du panel de test retenu, 32 cœurs auraient du mal a creuser des écarts significatifs, puisque nous avions déjà constaté que les 16 et 18 cœurs de l’année passée ne parvenaient pas, déjà, à distancer comme aurait pu le laisser penser l’inflation des caractéristiques, les puces moins richement dotées. Qui plus est, l’enveloppe thermique maximale constituait déjà une contrainte importante, c’est encore plus le cas avec 32 cœurs ! Mais ce que nous n’avions pas anticipé, c’est l’impact négatif lié à l’organisation interne, en particulier la gestion mémoire. Se retrouver avec 2 die sans aucun accès direct à la mémoire (ou au PCIe), implique inéluctablement des pénalités significatives lorsque des tâches ayant besoin d’y accéder de manière intensive, se retrouvent exécutées sur les cœurs de ces derniers. On peut imaginer que les logiciels ou l’OS essaient à l’avenir d’éviter autant que possible cette situation, mais rien ne garantit que des efforts soient faits en ce sens, sans compter que cela ne sera pas toujours possible. il faudra donc vivre avec cette inconstance, cela n’empêchera pas de belles prestations lorsque l’écosystème s’y prête.
En définitive, cette série WX ne s’en sort pas si mal vu les contraintes pesant sur elle, puisque le Threadripper 2990WX est bel et bien le processeur le plus rapide que nous ayons testé jusqu’à présent. Alors bien sûr il n’écrase pas ses concurrents (y compris en interne) en moyenne sur notre panel de test, c’est pourquoi son acquisition, ou celle de son petit frère à 24 cœurs, devra être mûrement réfléchie à l’aune des tâches qui lui seront confiées. C’est généralement le cas pour tout type de processeur, toutefois cette assertion prend une importance accrue dans le cas de la série WX, compte-tenu de sa tarification, mais aussi de certaines contre-performances flagrantes liées à sa structure même (fréquences réduites, gestion mémoire alambiquée du fait de la désactivation des contrôleurs mémoires sur 2 die , bande passante entre die deux fois moins large, TDP limité pour le nombre de cœurs, etc.). Ceux visant exclusivement les tâches sollicitant largement le CPU, sans des accès intenses à la mémoire, pourront sans nul doute y voir un intérêt.

2950X = 1950X
Si on s’intéresse à présent à la série X et en particulier son représentant le plus rapide, là-aussi le résultat peut laisser perplexe. En effet, le Threadripper 2950X n’est que marginalement plus rapide que son devancier. Pourtant, le Ryzen 7 2700X qui est la transposition du R7 1800X au sein du nouveau process de gravure 12 nm de GlobalFoundries, permet une hausse des performances de l’ordre d’une dizaine de pourcents sur ce dernier. Un raccourci rapide pourrait laisser penser au même genre de gains, c’est toutefois oublier bien vite que cette progression s’est faite au détriment de la consommation, qui reste un problème épineux sur un processeur multi-die. AMD a préféré rester raisonnable et pragmatique, peut-on lui reprocher, d’autant que le prix de lancement est moins élevé de 100 $ par rapport aux Threadripper de première génération. Les prix se sont tassés depuis, il n’en reste pas moins que l’on ne peut pas demander systématiquement chaque année à AMD, de redéfinir le rapport performance/prix des différentes gammes, comme il l’a fait en 2017. Son retour en forme profite largement à tous les clients, et il est important pour l’équilibre du marché qu’il reste un concurrent aussi actif qu’aujourd’hui sur le long terme. Pour cela, il faut disposer d’un budget R&D conséquent pour assurer l’avenir et ce n’est pas possible en rognant systématiquement sur la marge pour acheter des parts de marché. Les TR 2950X et 2920X ne bouleverseront donc pas le marché comme leurs devanciers l’ont fait, il les remplaceront par contre sans souci une fois le stock de ces derniers épuisés, et continueront à gêner fortement Intel et sa plateforme LGA 2066, dont le prix des processeurs est clairement excessif.

Un dragster, ce n’est pas pratique en ville, mais sur piste c’est quelque chose : ça ne vous rappelle rien ?
Le Threadripper 2990WX est effectivement proposé au tarif public 1799 $ alors que le prix officiel de son concurrent désigné, le Core i9-7980XE, est plus élevé de 200 $. Bien-sûr, le street price de ce dernier est actuellement moindre et l’effet nouveauté ne joue pas en faveur du nouveau venu, gageons que l’écart se retrouvera peu ou prou une fois la situation stabilisée. Il faut toutefois ajouter dans l’équation financière, le surcoût d’une grosse centaine d’euros lié aux cartes mères X399, par rapport à leurs pendants X299. D’un point de vue performances/prix, la solution d’AMD est donc préférable, si et seulement si, les applications lui conviennent, puisqu’elle est moins « tout-terrain ». Si c’est le cas, elle peut alors proposer des progrès très intéressants dans le domaine de l’animation 3D par exemple, où l’attente est toujours trop longue pour un créatif. Les différents profils disponibles sous Ryzen Master devraient lui permettre de passer outre certaines contre-performances, et ainsi pouvoir s’accorder une petite pause ludique, dans d’excellentes conditions, entre des séances plus laborieuses. Son petit frère à 24 cœurs est une option à également considérer, d’autant qu’il permet d’économiser 500 $ tout de même.
Finissons avec le Threadripper 2950X. Passée la semi-déception de ne le voir devancer qu’à la marge son prédécesseur, son tarif officiel en baisse de 100 $ à 899 $/€, le positionne là aussi avantageusement face à la concurrence (une fois le street price normalisé) : en effet, il permet d’économiser 100 $ par rapport au tarif officiel d’un 7900X, soit iso-tarif ou presque, lorsque la plateforme est prise en compte, tout en étant plus performant. Le TR 2920X sera d’ailleurs un redoutable concurrent également, puisque carte mère comprise, il sera facturé 250 $ de moins que la solution d’Intel pour des performances similaires. Indubitablement, ces nouveaux Threadripper de série X ne bouleversent pas fondamentalement la situation existante, ils sont moins clivant que la série WX et permettent aux rouges de consolider leur rôle « d’empêcheur d’abus » du géant bleu, qui n’en a que trop profité ces dernières années. Le choix de la raison est donc clairement l’offre d’AMD sur les plateformes très haut de gamme, qui vous en proposera plus pour moins cher, elle est pas belle la vie concurrence ?
Nous remercions naturellement nos partenaires pour la mise à disposition des éléments de test.